WELCOME TO ZOMBO COM
Cinématurnome s'intéresse au cinéma plus ou moins oublié (qui a donc 20 ans ou plus). On aime pas attribuer des notes ici alors pour faire joli il y a des lunes qui indiquent un facteur relatif d'obscurité, comme ça, pour rien.

Libellés

lundi 29 octobre 2012

Drakula İstanbul'da



Un film de Mehmet Muhtar
Turquie, 1953
V.F.: Dracula à Istamboul





Drakula İstanbul'da nous vient d'un effet de mode du cinéma turc des années 50 de faire des « X İstanbul'da». Tarzan à Istanbul (1952), les soucoupes volantes à Istanbul (1956).... De quoi nous faire penser aux populaires Turkish Star Wars (Dunyayi Kurtaran Adam, 1982), Turkish Superman (Supermen Donuyor, 1979), Turkish E.T. (Badi, 1983) et autres ultra-navets qui donnent un bien mauvaise réputation mondiale au cinéma turc. Hors ici ce n'est pas vraiment le cas, ces films des années 50 étant honnêtes et de bonne facture.

Le film qui nous intéresse ici a la distinction d'être le premier Dracula filmé depuis la version de Universal et donc au minimum la troisième version filmée. Il s'agit pourtant du premier Dracula à avoir de longues canines!

Et pas seulement ça, parce que le film suit de près le roman original. Mais avec également quelques changements significatifs. Comme le titre l'annonce, Dracula s'en va à Istanbul plutôt qu'à Londres. Mais c'est aussi un Istanbul moderne qu'on nous présente (de toute façon à l'époque du roman, la ville portait le nom de Constantinople). La première chose qu'on y voit, c'est des néons, des voitures de l'année, et une scène de danse mambo! Du coup il n'y a pas de croix pour combattre Dracula, mais seulement de l'ail. Il y a quelques changements mineurs, par exemple Dracula n'a qu'une femme, d'autres majeurs, comme l'élimination complète du personnage de Reinfeld. Ce qui me fait énormément plaisir. Que ce soit Knock dans Nosferatu ou le Reinfeld de Dracula (1931), j'ai toujours peu apprécié sa présence trop longue à l'écran et son air de bouffon. C'est un point de vue personnel (y a t-il des fans de Reinfeld?), mais du coup pour moi ce film garde mieux son intérêt après la première partie dans le château, là où la plupart des Dracula perdent leur cadence. La partie du château est aussi bien longue, 40 minutes du film. Étrangement les intérieurs de chez Dracula font penser à un tombeau égyptien avec quelques armures et chaises pour décorer...





C'est donc une adaptation fidèle et de bonne facture. Par contre en coupant ici et là, le film a des trous et demande d'être familier avec l'histoire de Dracula pour s'en sortir. Il y a aussi des trous plus troublants, comme une scène où Lucy (nomée ici «Sadan», tout le monde ayant bien sûr des noms turcs) met un collier d'ail pour se protéger du vampire, et 2 minutes plus tard c'est complètement oublié et elle se fait mordre (dans la version de 1931, Dracula hypnotise la garde-malade pour qu'elle enlève le tue-loup... qui remplace bizarrement l'ail).

Dracula est joué par Atif Kaptan, acteur de longue carrière. Pourtant il n'a pas une grande présence à l'écran, et son interprétation ne surprendra personne, sans compter la calvitie qui est un peu étrange. L'on est très loin du Bela Lugosi plein de charisme et délicieusement à côté de la plaque, il suffit de voir comment est livré la fameuse phrase «Listen to them, children of the night, what music they make».

Le travail visuel est quant à lui correct sans plus. Quelques mouvements de caméra transparents, quelques éclairages travaillés.... L'on y répète le truc d'éclairer directement les yeux de Dracula afin de lui donner un air inquiétant, comme l'avait fait Karl Freund sur Bela Lugosi. Mais si les chauves-souris du Dracula de 1931 constituaient l'aspect le plus ringard du film, ici elles ne battent même pas des ailes! Par contre il est impossible de ne pas mentionner l'état piteux du film. Une compagnie turc a sorti il y a 4 ans un DVD du film, qui fut aussitôt retiré du marché pour cause de copyrights, et en plus d'une télédiffusion turc tiré de la même source c'est la seule version du film disponible. C'est un transfert numérique qui date visiblement d'une époque très lointaine, avec un mauvais contraste. Mais cela n'est rien comparé à l'état du film lui-même, qui frôle la détérioration totale. Égratignures, trous et coupures, mais aussi de la moisissure et une instabilité dû visiblement à un rétrécissement de la pellicule, comme si elle avait été repêchée du fond de la mer. Le son disparaît brutalement à quelques occasions, est parfois désynchronisée et toujours enterrée sous une tonne de bruit. Le mieux est l'erreur de tracking où le haut de l'image se retrouve en bas! Les archives cinématographiques turcs sont en piteux état généralement et dans ce cas-ci cela affecte énormément le visionnement du film.

Drakula İstanbul'da vaut le coup pour les fans de Dracula parce qu'il n'est pas médiocre mais probablement pas en dehors de ça. Il n'a pas les qualités des versions les plus célèbres et il y manque un certain plaisir, se contentant plutôt de passer au travers des scènes du roman, l'idée de situer le film en Turquie contemporaine étant finalement plus contraignante qu'un ajout qui inspire les créateurs de l'oeuvre.






Et c'est tout pour mon mini-festival d'horreur!

dimanche 28 octobre 2012

ESTA NOITE ENCARNAREI
NO TEU CADÁVER



Un film de José Mojica Marins
Brésil, 1967
V.F. : Cette nuit je m'incarnerai dans ton cadavre
(quand même, quel titre génial)






Coffin Joe est de retour. Il s'agit du deuxième film de la trilogie (complété en 2008, soit 41 ans plus tard!). J'ai vu le premier film (À Meia-Noite Levarei Sua Alma (V.F. : À minuit je posséderai ton âme), 1964) l'an dernier et j'ai inclus mon commentaire fait à l'époque tout en bas de ce commentaire-ci. J'avais trouvé le premier absolument magistral, mais qu'en est-il du deuxième?

Coffin Joe, cet entrepreneur de pompes funèbres obsédé par l'idée de procréer un fils parfait, a échappé de justesse à la mort et est déclaré non-coupable pour tout ses crimes par manque de preuves. Le village est évidemment totalement effrayé par cet homme qu'ils croient possédés du démon. Comme toujours Coffin Joe rejette les croyances spirituelles de son village, ce frein au développement personnel, et se considère largement supérieur à tout ceux qui l'entoure. Et il recommence sa quête de la femme idéale qui saura porter son enfant, en tuant horriblement quiconque se met dans son chemin.

Le film a un meilleur budget, le générique d'intro n'est plus collé au ruban adhésif. Non... il est carrément inscrit sur la pellicule du film, image par image! Tout ça d'une "musique" d'intro assez démente de cris, sons électroniques, bruits d'otaries (!?!?!?), et un rythme tribal. L'ambiance est posée. En fait ça commence plutôt lentement, avec le retour de Joe au village et tout ça, mais après un moment on plonge à nouveau dans un délire tourmenté complètement surréel.





Joe est plus sage aussi, ne mutilant plus des gens devant tout le monde. Il est plus surnois, ayant peut-être appris à se méfier de tout ces faibles qui l'entoure, mais il torture plus longtemps ses victimes. Il continue aussi à expliquer sa philosophie de la vie à la moindre occasion, ce qui fait son charme, mais son propos est moins clair. De toute façon il est déjà expliqué dans le premier film. Le film arrive à se tenir debout tout seul, si jamais vous tombez dessus par hasard.


On a deux fils conducteur, soit bien sûr sa recherche de la femme idéale, mais aussi de son affront aux forces divines. À force de blasphèmes, Coffin Joe est aspiré sous terre, pour faire une visite de l'enfer. Ce sont les 10-15 minutes les plus incroyables du film, un festin d'horreurs grotesques en couleurs éclatées qui ne ressemble à rien d'autre. Il s'y passe des centaines de choses en même temps dans chaque plan, avec des membres humains qui sortent de toutes les parois. C'est incroyable même sans considérer les origines très modestes de ce film (tout le budget a dû y passer, quand même). Un tour de force, et même si ce n'est qu'une scène, le reste du film n'en devient pas fade, grâce à la présence du protagoniste complètement amoral et halluciné.

Le film n'est pas sans incohérences scénaristes ( elles explosent de partout, même), ni faiblesses (l'acteur qui joue Truncador, l'homme fort du village, livre ses lignes comme un joueur de hockey). Tout aussi réussi que le premier en somme, et ensemble, ces deux films constituent peut-être un des moments fort du cinéma d'horreur (horreur humoristique, aussi) des années 60. Si on aime les trucs aussi uniques, bien sûr.










Commentaires sur le premier film, il y a un an jour pour jour (Cliquez ici pour afficher)

À Meia-Noite Levarei Sua Alma, José Mojica Marins, Brésil, 1964.

Là je vous déterre un trésor enfoui parmi les coins les plus obscurs du cinéma. Au début des années 60, le code de censure brésilien tombe. Pour José Mojica Marins, c'est l'occasion de réaliser ce film. N'ayant absolument aucun moyen, il emprunte de l'argent à ses parents, et ne trouvant personne d'intéressé par son film, joue lui-même le rôle titre. Le cinéma indépendant étant quelque chose de quasiment jamais vu à l'époque, c'est déjà quelque chose. Mais pas seulement ça, At Midnight, I'll Take Your Soul est aussi un film qui révolutionne le cinéma d'horreur. Et ça se passe au Brésil nom d'un chien
Le protagoniste du film n'est pas un héros, d'ailleurs il y en a aucun, mais il est le «monstre» lui même : Coffin Joe (appelé "Zé" dans le film) est le croque-mort d'un petit village brésilien. C'est un petit village très croyant et superstitieux, mais Joe n'en a rien à foutre, il déteste très fortement les croyances religieuses, pour lui il s'agit d'un frein au développement personnel, et tout ceux qui ne s'élève pas au dessus de ça est pour lui un faible irrationnel. En plus de cela, pour lui la vie n'a qu'une fonction et c'est celle de continuer sa lignée, et il lui est primordial de procréer. Sa priorité au long du film est donc de trouver la "femme idéale" (qui correspond à son idée de supériorité) et de se reproduire. Et celles qui refuseront seront violées (le film est complet avec une scène vraiment affreuse), et ceux qui se mettrons dans son chemin seront tués. Ce film est DINGUE.
Le film débute sur Coffin Joe qui parle directement à la caméra comme un démon possédé "QU'EST-CE QUE L'EXISTENCE? C'EST LA CONTINUITÉ DU SANG! QU'EST-CE QUE LE SANG? C'EST LA RAISON POUR LAQUELLE IL FAUT EXISTER!" Et vlan générique démoniaque plein de cris agonisants et de textes gothiques collés au ruban adhésif sur la pellicule du film. Après il y a une vieille femme folle qui nous fait un monologue incohérent nous suggérant de ne pas regarder ce film et que notre âme est maudite, qu'il est encore temps de sortir de la salle. Elle regarde une horloge, elle nous dit qu'il est trop tard, que nous sommes perdus, et puis le film commence. Pfou.
Et donc pendant le film Coffin Joe blasphème, assassine les gens qui se mettent sur son chemin (et il se permet de mutiler les gens devant tout le village parfois, au début du film il arrache le doigt de quelqu'un dans une taverne, et sans émotions lui offre de payer sa visite à l'hopital), n'hésitant pas à s'en prendre à ses proches, et poursuit sa quête au point de mettre Dieu au défi, en criant au ciel comme un dément de lui donner un preuve de la damnation éternelle, en détruisant un cimetière en même temps.
Le psychotronique à son meilleur. Le film reste amateur et bas budget, le montage pourrait être plus resserré par endroits, certains cadrages pourraient être meilleurs, mais le film fait tout de même preuve d'une inventivité splendide à certains endroits. Nous sommes en 1964, pas en 1966, et José Mojica Marins nous invente le méga-gros-plan sur les yeux à la Sergio Leone (Le Bon la Brute et le Truand) avant que Leone ne le fasse. Et tout ça dans une scène où Coffin Joe écrase les yeux d'une de ses victimes!


<


samedi 27 octobre 2012

BEGOTTEN



Un film de E. Elias Merhige
États-Unis, 1990





Soyons clair, on a pas beaucoup aimé ce film chez Cinématurnome. Mais ce blog ne se limitera pas aux films qui sont appréciés, il suffira juste que l'envie d'écrire soit là.

En tout cas le film est très attrayant au prime abord. Begotten est un film d'horreur qui est davantage une expérience qu'un film conventionnel : on dirait ce genre de vidéo possédée du démon, de la variété qui vous tuera 7 jours après son visionnement. On a tout ce qu'il faut : des images empreintes de mystère, incompréhensibles, voulant donner l'impression de venir d'une culture païenne maléfique, obscure et ancienne, et des scènes troublantes, du gore, des sons inquiétants (aucune parole)... L'image a été fortement modifiée, elle est sale et extrêmement contrastée, on pourrait croire à des archives de la première guerre mondiale, et c'est assez efficace lorsque le film roule à très peu d'images secondes, mais il y a aussi du travail vidéo, complet avec des zooms, des pans, des fondus enchaînés qui rappellent tout à coup que ce film vient plutôt de l'ère MTV. Cela est complété par des prises de vues un peu trop conscientes d'elles-même

Le travail sonore est aussi très travaillé. C'est une ambiance assez irréelle, où le film n'a pas du tout été bruité de manière conventionnel, la vaste majorité des gestes à l'écran sont sans sons. La créature qui s'auto-mutile au début du film ne fait aucun bruit, aucun son de la chair qui se coupe, rien. Tout ce que l'on entend, ce sont des gémissements de temps en temps, noyé dans le bruit de gouttes qui tombent dans un bol, criquets au loin et le bruit de fond d'enregistrements bien usés. La bande-son évoque un certain thème de solitude, dominée par des cigales, du vent, des vagues lointaines...




Mais donc c'est le genre de film qui a l'air complètement épatant pendant la première minute, ou en regardant quelques extraits rapidement. Le style est très fort, même si il s'y passe des choses terribles c'est assez beau. L'avant dernière image qui accompagne ce texte étant peut-être le plus beau plan, avec son ralenti, son zoom et cette musique d'ambiance distante, un peu amatrice des années 80.

Et puis il arrive le moment où ça fait deux minutes que l'on regarde ce film et que l'on réalise qu'il n'y a vraiment rien à en tirer. Le choc initial étant passé, il n'y a rien d'autre pour s'y accrocher. Le film a un fil narratif d'un rythme extrêmement contemplatif. On ouvre avec quelques dégueulasseries gore/caca/sexe (l'on apprendra au générique de fin qu'il s'agit de Dieu qui s'éventre, et que la Terre-Mère ensuite arrive à exciter son cadavre pour s'imprégner de sa semence, ouep) puis pour le reste du film l'on suit un groupe de gens en toges torturer à petit feu un homme nu, puis il devient une femme, se sépare en deux (ou c'est la Terre-Mère qui revient, j'en ai aucune idée), on a des scènes de sexe avec des close-up.

Puis après les types en robes vont collectionner des roches. Je sais pas. Relax. Puis c'est tout.

Il y a le fait que le film se veut volontairement obscur qui rend la lecture des évènements difficiles, mais ce n'est pas un problème. C'est plutôt qu'il offre si peu. Qu'il y a un certain amateurisme déguisé derrière une tonne de maquillage. Ces plans un peu trop conscients dont j'ai parlé et la volonté trop forte de choquer. L'impression qui me revient à tout moment qu'il s'agit peut-être d'un film tourné par une bande de potes, une fin de semaine à la plage, pour délirer (Enfin, de mon côté je n'ai pas d'amis partants pour faire un film démoniaque bourré de torture et de nudité dans ma cour arrière). C'est donc le genre d'impression qui constitue tout le contraire de ce que j'ai l'impression que le film veut donner, soit celui du film venant de temps immémoriaux et jette des sorts mortels sur ses spectateurs.


C'est le genre de film qui pourrait totalement terrifier quelqu'un qui se réveille à 2 heures du matin seul chez lui, ouvre la télé et tombe sur ce film. Le fait de se dire "bon, je regarde Begotten" diminue totalement l'impact qu'il peut avoir. Il peut faire une sacrée projection de fond dans une soirée thématique Halloween par contre.





lundi 22 octobre 2012

DEMENTIA


Un film de John J. Parker? Bruno VeSota?
États-Unis, 1953? 1955? 1958?
Aussi sorti sous le titre de «DAUGHTER OF HORROR»





Le plus épatant à propos de film soit qu'il nous arrive des États-Unis des années 50. C'est un milieu relativement conservateur, où jamais un film de ce genre n'aurait dû voir le jour. À l'époque aucun système alternatif à la machine commerciale hollywoodienne n'était en place. Donc lorsque ce film indépendant a vu le jour, nul n'a exactement su quoi faire avec. On l'a interdit d'être diffusé, puis censuré, modifié...

Mais, éventuellement, le film est sorti sur grand écran, il a été critiqué dans les grands journaux comme n'importe quel autre film... et c'est incroyable. Parce que c'est peut-être bien le film le plus étrange des années 50 à avoir connu une sortie commerciale.

Dementia est un film d'horreur sans paroles à propos d'une tueuse en série. C'est aussi semblable à une hallucination qui serait provoquée par une forte fièvre, du David Lynch avant l'heure, un mauvais rêve après avoir regardé Touch of Evil d'Orson Welles, la rencontre étrange des plus grands excès de l’expressionnisme du Film Noir, de l'horreur et du cinéma indépendant dans une Amérique tranquille d'après-guerre.

Les personnages n'ont aucun nom... un phénomène courant pour ce genre de film à mi-chemin entre l'expérimental et le populaire j'ai l'impression, ça annonce la couleur. La protagoniste, seulement identifiée comme "la gamine" vit seule dans cette chambre éclairée par les néons clignotants de l'hotel. Réveillée en pleine nuit par un mauvais rêve, elle décide de sortir avec son couteau, qu'elle semble beaucoup apprécier. En se faisant passer pour une prostituée (ou peut-être en étant véritablement une) elle attire les hommes riches pour les tuer. Seulement ce soir-là ce sera plus difficile que d'habitude...





C'est un film sans paroles, un gimmick déjà exploité récemment dans The Thief (1952), mais il y a de rares rires, cris, pleurs, à peine audibles. Le film est principalement mené par la musique de George Antheil, seul nom reconnaissable au générique (mieux connu pour sa musique incroyable du Ballet Mécanique (1924) de Ferdinand Léger, qui mélange une tonne de pianos mécaniques, une sirène et des moteurs d'avions...Mais également connu pour avoir posé les bases du Wi-Fi avec son épouse l'actrice Hedy Lamarr!). La musique est carrément dans le registre du film d'horreur des années 50, avec ses airs inquiétants et cette vocalisation solo qui sonne comme un thérémine, ou comme un spécial Halloween de Star Trek.

Il n'est pas vraiment possible de déterminer où l'on se situe dans le film. L'effet sans paroles du film suggère que notre tueuse en série est coupée du monde, et que l'on serait spectateurs de sa vision du monde. Mais plus le film avance et plus il semble suggéré qu'elle est également piégée dans cet univers.

Avec ses scènes carrément troublantes, parfois surréalistes, on a l'impression d'avoir affaire aux origines de Eraserhead. Mais le film laisse aussi sentir ses origines de production amatrice. Un peu de psychologie freudienne de bas niveau, un certain air raté de vouloir faire de l'art avec un grand A, des scènes trop longues... Malgré l'extrême brièveté du film (une heure), le film donne l'impression que les gens derrière la caméra n'avaient pas exactement le matériel ou le talent pour faire plus de 30 minutes. En même temps, les grands moments de vide contribuent peut-être à l'atmosphère irréelle du film.

D'où vient ce film? John J. Parker, pur inconnu, réussi à mettre la main sur de la pellicule et obtenir la coopération de quelques gens d'Hollywood, dont le directeur photo d'Ed Wood, un acteur et réalisateur de série B étant peut-être la véritable origine de ce film selon certaines sources (John J. Parker serait donc producteur), même Angelo Rossitto, un des nains de Freaks, (1932) y joue un bref rôle. Il complète le film en 1953, et se bat sur plusieurs années pour distribuer son oeuvre. Et c'est tout. Pas d'autres films. Aucune info. Le plus grand moment de gloire que connaîtra le film, c'est sa brève apparition dans un autre film, devenu un grand classique de la science-fiction, The Blob (1958).

Je n'ai pas vu Daughter of Horror, la version censurée et remaniée du film (une narration a été ajouté par-dessus le film), mais tout indique qu'il s'agit d'une abomination. Il s'agit malheureusement de la version la plus répandue du film (tel que sur archive.org) et pendant très longtemps la seule connue (jusqu'à tout récemment, et encore plusieurs regardent cette version qui se fait toujours sévèrement critiquer). Même si le film n'est pas restauré et est en piteux état, je ne peux que recommander le DVD de Kino.



dimanche 14 octobre 2012

삼포가는 길


Un film de Lee Man-Hee
Corée du sud, 1975
V.F. : La Route vers Sampo





Le cinéma sud-coréen a explosé il y a plus de dix ans. C'est devenu un cinéma très populaire, et des films variés comme Oldboy, The Host, Printemps été automne hiver...et printemps, ou My Sassy Girl ont fait le tour du monde. Mais curieusement, contrairement aux autres géants du cinéma en Asie, l'on ne sait presque rien de son histoire. C'est comme si la Corée du sud s'était mise soudainement à faire des films en 1999. Pourtant il y a un réel héritage cinématographique qui mérite d'être exploré et de gagner sa place dans les livres surtout sur écrans. Quelques très rares films commencent à gagner une véritable réputation, tel que le Hanyo de Kim Ki-Young réalisé en 1960, excellent thriller qui a connu un remake il y a quelques années. Mais en dehors de ça, bien peu de choses. On a quelques titres pour les années 50, 60, 80, 90... Petit à petit l'on aura peut-être un canon cinématographique de réputation mondiale.

Je n'ai pas mentionné les années 70. Le gouvernement très autoritaire de Park Chung-Hee contrôlait la production cinématographique du pays et de toute apparence il s'agit d'un grand désert peuplé de quelques films de propagande. Mais si c'était faux? C'est peut-être tout simplement une décennie obscure et inexplorée, et il y existe peut-être des exceptions.

La Route vers Sampo en est peut-être une. Oeuvre posthume du réalisateur Lee Man-Hee (Black Hair,1964), il y est question d'un trio de vagabonds qui se rencontrent et partent en road-trip à pied vers la ville d'origine d'un des trois. Sur la route, ils s'amusent, se querellent, cherchent à manger... Pour éviter de devoir faire un film de propagande, l'issue était de faire l'adaptation d'une oeuvre littéraire. Il s'agit ici d'un choix inspiré qui se prêtre à une expérience très visuelle.



Nos trois personnages sont un peu fêlés, marginaux, sans emploi et sans argent. Cela donne lieu à une comédie légère avec quelques scènes rigolotes, comme lorsque l'un d'eux s'incruste à des funérailles en jouant le cousin distant en larmes ...que pour se servir au buffet.

La véritable star du film est le paysage. Une campagne coréenne des années 70 recouverte de neige est une chose que l'on voit rarement en images, et c'est magnifique. L'hiver crée une ambiance minimaliste, permettant de jolies compositions d'image, surtout ne serait-ce que pour faire contraster les vêtements d'un rouge éclatant de la protagoniste. C'est un roadtrip en cinémascope à la Ford/Hawks. On a l'embarras du choix pour les beaux plans. Des plans sont parfois entièrement silencieux pour de longs moments (la restauration actuelle du film étant pauvre, complète avec quelques secondes tirées d'une copie sous-titrée et encore beaucoup de bris, il s'agit de silences assez bruyants), ajoutant une atmosphère propice au film.

Ces silences viennent peut-être du fait qu'il s'agit en quelque sorte d'un film incomplet, le réalisateur étant mort pendant le montage. Et c'est peut-être de la que viennent les défauts du film. Le montage est parfois chaotique, avec des jump cuts, et même à une occasion un plan complètement raté (et pourtant plutôt inutile) est resté là, voyez l'ombre de l'équipe technique au sol, c'est quand même assez incroyable, une tache noire foncée fluo dans un film tout en blanc, comment est-ce possible:
Et à cela s'ajoute le fait que le film fut complètement doublé en studio. C'est un doublage de piètre qualité. Alors que les acteurs sont assez satisfaisants à l'écran, le doublage donne l'impression d'un vaudeville, complet avec beaucoup trop de gémissements là où le silence aurait été préférable. Heureusement, une fois le film bien avancé, le drame s'installe et le doublage se normalise un peu. L'atmosphère change beaucoup vers la fin d'ailleurs, avec plusieurs scènes de nuits, quelques flashbacks et une finale douce-amère.

Freiné par des problèmes de production, il s'agit quand même d'un film de bonne facture avec plusieurs excellentes scènes et des paysages magnifiques. Peut-être pas à la hauteur des grands classiques (trop bavard!) mais une bonne surprise pour une époque de mauvaise réputation.





mardi 9 octobre 2012

DIE WUNDERBARE LÜGE
DER NINA PETROWNA



Un film de Hanns Schwarz
Allemagne, 1929
V.F. : Le mensonge de Nina Petrowna





Ungarische Rhapsodie était sympathique, mais il a presque l'air d'un coup de pratique pour ce film réalisé l'année suivante. Schwarz mets en scène l'éternel triangle amoureux. Nina est la maîtresse du riche caporal, tombe amoureuse du jeune aspirant lieutenant...

Et on se laisse porter par la caméra. Le tout premier plan du film, qui débute sur une horloge (leitmotif du film), suit sur un lit vide, traverse quelques pièces avant de se retrouver devant un balcon est déjà hautement prometteur. Pourquoi une caméra amovible du temps du cinéma muet me fascine tant? Le film y gagne sa richesse, son expression. Dans ce film où les intertitres (les textes affichés à l'écran) se font rares, c'est tout le reste qui dirige cette histoire. Une histoire qui commence lentement en fait, puisque les choses vont bien pour le nouveau couple. Il faut presque la moitié du film avant que le drame s'installe, mais lorsqu'il arrive, on y plonge et on traîne dans la boue jusqu'à la fin.



Le tout est porté également par une superbe musique de Maurice Jabert, compositeur surtout connu pour son travail avec les cinéastes français des années 30 (il travaille entre autre sur L'atalante, Le quai des brumes, Le jour se lève...). L'enregistrement date de la restauration du film, projeté sur la chaîne française Arte en 2000.

Brigitte Helm joue Nina. Surtout connu pour son rôle de Marie et du robot dans l'archi-célèbre Metropolis. Elle est pleine de vie, il est presque dommage que le film se centre, après l'intro, sur le très naïf et même générique aspirant lieutenant (Francis Lederer). Le colonel, plus subtil, mérite mention aussi (Warwick Ward).

Petite note d'intérêt. J'aime bien comment la bonne annonce la visite de quelqu'un. Le tout est fait en gestuelles, propre au muet:

   

Et donc évidemment, le monsieur de l'autre côté est 1.gros, 2.grand et 3.moustachu.


Ce film est une longue valse. C'est ce qui uni nos deux protagonistes, une valse, mais c'est aussi ce que fait la caméra tout au long du film, ainsi que la musique. L'histoire est typique (C'est La dame aux camélias) mais le style brille.

La carrière de Schwarz est coupée par l'arrivée des Nazis. Il réalise deux films au Royaume-Uni à la fin des années 30 (dont Return of the Scarlet Pimpernel), meurt en 1945 en Californie et disparaît des livres d'histoire.